Jean Noel Chrisment à la bibliothèque de Trinity College

 

L’orée fibreuse

 

1

 

Nos étoiles suivent la ligne odorante, l’orée

fibreuse où, bien avant que rien de concret ne les touche,

les peaux tressaillent.

Frottées, comme à de ail, au bord mousse d’une

clarté qui disparaît dans leur sillage, ou ne subsiste plus

que sous la forme d’une odeur piquante et violette, nos

étoiles suivent la ligne qui ne sépare plus.

Car nos indéchirables odeurs n’en font qu’une.

nos emballages balsamiques, troué d’yeux, de narines,

de conduits indigo, n’en font qu’un.

 Le désir compacte une seule étoile à notre

chevet.

 

2

 

Quel soleil poreux absorde, jusqu’au noir,

l’impétuosité. Quel éclat serein, arrondi au-delà de toute

preuve, calme l’impatience têtue.

Une brosse d’oiseau dépasse l’angle où se

déchire, par temps sec, le visage. L’angle dont se plie la

jambe verte.

Déjà toute volonté inaudacieuse, toute fadeur

velléitaire s’évacue. L’angle est un genou épuré.

 Mais ton visage, accepte-le comme floraison

de pied qui remonte, trépigne sur tes yeux, sur ta

bouche. Soigne cette fleur insolite, jubile

de ce printemps.

Nos mutuelle peaux valent, chacune, pour

deux. Et ce qui les attend vibre de toutes ses fibres.

 

3

 

 Un refus que les corps évoluent dans la seule

évidence de leurs contours définit l’orée fibreuse. Il faut

à la fois s’y tenir et s’en décaler. De sorte qu’on y voie

mieux le visage : en tant que genou relevé, jambe éclose

dans l’expressive attente, repos des orteils futés.

 Le brassage de l’ombre, insomnieuse et

distendue, à la longue éveille la roche la mieux identifiée.

Avec son flux de blanc, de mousse beige, et son reflux de

noir , d’aplat, il soulève la question la plus minéralement

assoupie.

 Au dessus, la jambe fleurit dans la face. Mais

vers sa forme d’hier l’homme ne se trompe pas. Vers

l’éclosion pantoise de la jambe dans la face.

 Il voit son étoile, rien d’autre, et la suit.

 

 

Copyrights © - Tous droits réservés...

Designed by Pierre FALAISE