L’orée fibreuse
1
Nos étoiles suivent la ligne odorante, l’orée
fibreuse où, bien avant que rien de concret ne les touche,
les peaux tressaillent.
Frottées, comme à de ail, au bord mousse d’une
clarté qui disparaît dans leur sillage, ou ne subsiste plus
que sous la forme d’une odeur piquante et violette, nos
étoiles suivent la ligne qui ne sépare plus.
Car nos indéchirables odeurs n’en font qu’une.
nos emballages balsamiques, troué d’yeux, de narines,
de conduits indigo, n’en font qu’un.
Le désir compacte une seule étoile à notre
chevet.
2
Quel soleil poreux absorde, jusqu’au noir,
l’impétuosité. Quel éclat serein, arrondi au-delà de toute
preuve, calme l’impatience têtue.
Une brosse d’oiseau dépasse l’angle où se
déchire, par temps sec, le visage. L’angle dont se plie la
jambe verte.
Déjà toute volonté inaudacieuse, toute fadeur
velléitaire s’évacue. L’angle est un genou épuré.
Mais ton visage, accepte-le comme floraison
de pied qui remonte, trépigne sur tes yeux, sur ta
bouche. Soigne cette fleur insolite, jubile
de ce printemps.
Nos mutuelle peaux valent, chacune, pour
deux. Et ce qui les attend vibre de toutes ses fibres.
3
Un refus que les corps évoluent dans la seule
évidence de leurs contours définit l’orée fibreuse. Il faut
à la fois s’y tenir et s’en décaler. De sorte qu’on y voie
mieux le visage : en tant que genou relevé, jambe éclose
dans l’expressive attente, repos des orteils futés.
Le brassage de l’ombre, insomnieuse et
distendue, à la longue éveille la roche la mieux identifiée.
Avec son flux de blanc, de mousse beige, et son reflux de
noir , d’aplat, il soulève la question la plus minéralement
assoupie.
Au dessus, la jambe fleurit dans la face. Mais
vers sa forme d’hier l’homme ne se trompe pas. Vers
l’éclosion pantoise de la jambe dans la face.
Il voit son étoile, rien d’autre, et la suit.